PAON D'OR


 
Vous n’auriez pas dû, je vous l’ai dit ! Vous n’auriez pas dû ouvrir la boîte...
… Ouvrir la boîte de Paon d’Or et libérer ces maux. Je savais que c’était une mauvaise idée, je vous l’avais dit. Les maux, une fois libérés, détruisent tout, même l’invincible. Ce qui se construisait là devant nous était indescriptible.
Vous n’auriez pas dû ouvrir votre cœur et libérer les mots. Ce qui se construisait là était indicible. Il ne fallait que vivre. Mais qu’est-ce que cela signifie, d’après tout ? Les maux sont là, aussi brûlants que des mots qui frappent et fracassent. C’est de votre faute et vous insinuez que c’est de la mienne. On est toujours deux, quand on dialogue en silence, n’est-ce pas ? On est toujours deux, quand on chemine cahin-caha, main dans la main, bras dessus bras dessous et cætera, en discutant yeux dans les yeux. Quand on se scrute le fond des orbites, c’est vrai, on ne peut être que deux… Le regard fixe ce qu’il fixe et il oublie tout ce qui l’entoure – surtout lorsque ce qu’il fixe a la couleur de vos yeux.
C’est quoi, vous dites ? Non ! Ne recommencez pas ! Vous l’avez déjà dit. Et je vous l’ai déjà dit aussi. Vous avez posé des mots sur l’indicible. Vous avez laissé s’échapper les maux de la boîte. Votre cœur, cette boîte à organes dans la boîte. Un organe de votre boîte, je veux dire… Comprenez-vous ? La boîte qui frappe et agite votre souffle. Qui vous fait vivre.
C’est moi, qui vous fais vivre ? Ne soyez pas ridicule, franchement. Nous sommes deux, dans l’histoire. J’imagine ressentir ce que vous ressentez, mais sérieusement, ne soyez pas ridicule. Les mots n’ont aucune puissance face aux actes. Ne vous l’avais-je déjà pas assez montré en vous demandant de vous taire ? Oui ! Vous taire ! Vous taire et fouler la terre, l’air de rien dans l’air du temps, près de moi durant des mois. Laisser le feu se consumer et faire fi de tout le reste, laisser agir, laisser venir, laisser sans se lasser…
Les choses n’auraient-elles pas pu être simples, en laissant la boîte fermée ? Ignorer. Je crois que ceux qui ignorent peuvent vivre en paix. Parce qu’ils ne savent pas, ils ne cherchent pas à savoir. L’esprit tranquille, ils laissent la boîte et son contenu dormir.
Vous réfléchissez trop… Regardez, vous avez les mains froides ! Vous me faites peur.
Parce que je.
Oui, c’est cela, oui. Je. Et vous comprenez ce que je pense sans que je vous le dise. Est-ce votre crâne bourré de redondances poético-romantiques qui vous a poussé à me le dire ? N’oubliiez pas que nous ne sommes pas dans un film.
C’est bien ça, la réalité ancrée aux cinq sens, essences du lien entre l’intérieur et l’extérieur de notre boîte à organes. Dissipation…Les choses ne s’effaceront pas. Les mots ont cette audace de rester gravés dans la mémoire. Ce n’est pas comme la télévision où il est si aisé d’appuyer sur un bouton de la télécommande pour que tout s’arrête. Comprenez, c’est plus compliqué que cela ! Surtout maintenant que la boîte de Paon d’Or est ouverte. Il est trop tard. Vous l’avez dit. Il est trop tard, on le sait. Et quand on sait, il est difficile de faire semblant. Pas de retour en arrière possible. On avance, ici, on avance. Je vous l’ai dit, ce n’est pas un film, ce n’est…
C’est trop lourd, pour quelqu’un qui n’est pas vous, de porter vos paroles, votre détresse, votre révolte. Vous êtes ce que vous êtes et ne vous appuyez que sur vos deux jambes et marchez en gardant la tête haute. Vous auriez dû me laisser vous découvrir. Et vous aimer.
Sans rien dire.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire