Réveil. Non ! Je me lève, mets des chaussettes, fourre mes pieds là où il ne faut pas – sur le chat qui dort. Vite, la cuisine, vite le café que je renverse par terre. Mes cheveux dressés sur la tête, la marque de l’oreiller sur la joue. Vite la salle de bain, où je me regarde dans le miroir plus longtemps qu’il ne faudrait – envie de briser la glace. Aujourd’hui, début d’une autre semaine avec Jeanne, nouvelle stagiaire – parfaite. Je crois qu’on cherche à me remplacer. Si je fais un faux pas, on m’évincera, on m’écartera, on me licenciera et je serai à la rue. Pression. Soupir. J’arrange mes cheveux impossibles, m’habille – sac à main, clefs, téléphone. Dans les odeurs nauséabondes des gens dans le tram bondé. Bondé. A 8h du matin. Bondé de sueur et de torpeur – personne n’a envie de se rendre là où tout le monde va. Moi non plus. Il faut bien vivre...Arrivée au bureau. Salut, bonjour, café. Jeanne est déjà là – avec ses longues jambes croisées sous le bureau, son ordinateur allumé, ses lunettes carrées, les yeux rivés à même le clavier, en train de pianoter – à qui peut-elle bien écrire si tôt ? Je m’assieds à mon bureau, en face du sien, les yeux collés à son décolleté – cette fille incarne la perfection. Raclement de gorge. Je lève les yeux. Elle me fixe, l’air incrédule, et change la page de son calendrier. Nouvelle semaine et on ne s’est toujours pas adressé la parole. On se regarde un moment, en silence, comme chaque matin. On attend simplement que l’une ou l’autre bronche – concurrence givrée, qui finira par courir à ma perte, je le sais ! J’ai soudain la vision d’être comme un chameau en face d’une grue. Quel dommage...Le patron arrive – café salut bonjour, tout ça. Oui, oui, on s’y met. Je détache mon regard de celui de Jeanne – et je me mets à taper frénétiquement sur mon clavier, comme si Jeanne et moi jouions au concours de celle qui frappe le plus vite et le plus fort – je lève les yeux et l’aperçois, concentrée, les yeux rivés sur des papiers compliqués – en fait, je n’existe pas. Elle s’en fout. Elle s’en fout, parce qu’elle est parfaite, et moi, je ne suis qu’une misérable. Je baisse la tête pour me souvenir de mon accoutrement : jeans, blouse froissée, baskets, lunettes d’intello, cheveux en vrac. Dégueulasse. Clairement.Le boss me pose une question, je réponds. Il est l’heure de dîner, je pars, café, sandwich café, clope, café, café, clope – on y retourne ! En rentrant dans le bureau, je vois Jeanne, avec sa mini-jupe et ses gros seins, assise sur le bureau d’un autre collègue qui ne la regarde pas dans les yeux. Elle brandit son portable, jette un regard par-dessus son épaule – adresse un sourire à son interlocuteur qui manque de défaillir – et revient s’asseoir.Un regard glacial. Replonger dans le travail. Plonger, taper, taper, écrire, relire, compter, douter, CESSER, les questions tombent à la renverse et je m’en fiche complètement, j’écris, je regarde, je guette, obsession du travail. Tout ça, pendant huit heures, par jour, pendant quarante heures, par semaine, pendant quatre semaines, par année, de vacances. Q u a t r e s e m a i n e s durant lesquelles je passe du temps chez mes parents avec mes chats et mes chiens et mes poules dans le jardin, parce qu’il n’y a personne, pour ainsi dire. Personne.L’heure tourne. Dehors, il fait nuit. Nuit comme ce matin, comme tous les matins, dans le tram avec les odeurs des autres gens. Misanthropie. Certes ! Il faut bien gagner sa vie, payer les factures, payer les clopes, payer le café. Jeanne range soigneusement ses affaires dans sa serviette. Elle me regarde une dernière fois. Et moi, je m’en vais en traînant les pieds. Effroyable.Le lendemain. Réveil. Encore. Ça recommence. Ça recommence. Jeanne avec des pantalons, cette fois, et des talons, comme autrefois, Jeanne qui parle avec un collègue quand je rentre de la pause, Jeanne assise, les jambes croisées, Jeanne qui fait son travail sans broncher – personne ne sait rien sur elle – ou alors c’est moi qui ne parle à personne. Personne. Je sors de chez moi, fais mon travail, rentre chez moi – télévision, inertie. Regarder des programmes culinaires, à défaut de cuisiner – pas le temps. Il fait noir quand je sors et quand je rentre. Pas le temps. Mélancolie.Je rentre. Je sors.Le lendemain. Réveil. Encore... ça recommence. Je sors. Je rentre. Un soir. Nuit blanche. Vibration étrange – téléphone ? Qui ? Pourquoi ? A cette heure ?! Ce doit être grave – du genre : le chien de ma mère qui fait de l’hyperventilation. Numéro anonyme. Je décroche, si mon cœur daigne ne pas défaillir là maintenant tout de suite. Silence. Respiration, au bout du fil – allô ? dis-je. Pas de réponse. Qui est-ce ? Minuit. Pas de réponse. C’est pas très sympa de déranger en pleine nuit... Silence. Désolée pour la mauvaise blague. Ce doit être une erreur.Je raccroche – pourquoi m’être excusée ? Aucune idée. Je ne trouve pas le sommeil.Lendemain, rebelote – réveil, thé pour changer, tram qui tombe en panne, Jeanne la parfaite, ma concurrente – RDV avec mon boss qui se plaint de ma léthargie. Je lui ai dit que c’était pas de ma faute si... si quoi ? Je suis bête, c’est tout... Désolée... Travail – Rentrer manger télé. Basta. Le téléphone sonne. Numéro anonyme. Allô ? ... Allô ?... Je raccroche – ça rappelle – je décroche – y’a personne – y’a quelqu’un ? – pas de réponse – bon ! Je vais dormir, maintenant. Vous me faites peur. Je raccroche. Je ne dors pas. J’attends et j’ai peur.Lendemain, encore. Réveil. Des poches sous les yeux tellement grandes que je pourrais y ranger des choses. Je traîne les pieds, cafetière, théière. Biscottes. A défaut des croissants. Les croissants, je me les offre le dimanche. Même si j’en ai envie aujourd’hui. Je m’habille – jeans, blouse froissée, baskets trouées. Je sors – personne dans les rues. Silence. Je lève les yeux, magasins fermés. Merde. C’est dimanche... Je retourne me coucher. Tant pis pour les croissants...Lendemain. Jeans, renversé, douche, chat, les gens l’air maussade dans le tram – plus que d’habitude. Peut-être à cause de la pluie. Débarquer au bureau, tout est propre et rangé, Jeanne déjà en train de pianoter sur le clavier. Elle me fixe quand je m’assieds – m’affale – sur mon siège. Je n’ose plus la regarder – elle m’intimide, la garce ! Cette concurrente. Je l’admire – non ! je la déteste – non ! je l’adore – non ! je ne la connais pas. Jeanne la parfaite. Elle tourne une nouvelle page de son calendrier. Ça me fait peur... Pourquoi est-ce que je ne démissionnerais pas ? Ah si. Parce qu’il faut bien vivre… Il faut bien vivre... Quelle vie… Une vie où rien ne se passe – si ce n’est le tram.Rentrer chez moi, crevée. Ne pas oublier de nourrir le chat. Ne pas oublier qu’il est là. Téléphone. Appel manqué. Anonyme. Ça rappelle. Allô ? Allô ? ... Qui êtes-vous ?... Que me voulez-vous ? ... ça me fait un peu peur, je l’avoue... J’ai tout le temps peur, en fait... Peur quand je rentre chez moi la nuit – même si ça n’arrive jamais. Peur quand quelqu’un me regarde – même si personne ne me regarde. Peur qu’on me vire de mon boulot – à cause de cette pute ! – oh ! pardon... Je voulais dire... Jeanne. Elle s’appelle Jeanne... Ouais, bon, vous êtes qui, alors ? ... ça m’inquiète. Bon, bref. En fait, oui, j’ai peur qu’on me vire. Parce que je m’en fous, de moi, de la vie. J’aime pas trop ça, c’est pas comme j’aurais voulu que ce soit. Comment je l’aurais imaginée ? Un peu plus jolie, la vie. Avec des choses sympas à faire. Des gens incroyables à découvrir. Une liberté totale de mes actions et de mes idées et de mes pensées. Non. A la place, je suis enfermée dans la routine d’un boulot que je déteste par-dessus tout. Et je me laisse tomber, chavirer, couler – parce que tout ça n’en vaut pas la peine, n’est-ce pas ?... N’est-ce pas ?... Est-ce que vous parlez français ? … Bon. Il est l’heure d’aller dormir. Rappelez quand vous voulez. CLIC.BIP BIP BIP. Réveil. Encore. Café, chaussette, mascara, miroir, contemplation –orchidées. Jeans, basket, blouse – tram bondé. Bureau. Jeanne est déjà là, Jeanne a les jambes croisées. Jeanne est très belle. Elle me regarde m’asseoir, et recommence à travailler quand le boss entre dans le bureau – salut café bonjour, voilà. La journée défile – se termine – je rentre à la maison. Et je me découvre en train d’attendre un appel. Qui vient. Vous revoilà ! C’était bien, hier, non ? Ça m’a donné faim. Vous avez déjà mangé ? Si je savais qui vous étiez, je pourrais vous inviter à manger. J’ai pas grand chose dans les tiroirs. De quoi préparer des pâtes à la puttanesca, sans doute. Vous devez me trouvez stupide... Je n’ai jamais entendu votre voix… Mais je trouve ça intéressant. Au moins, vous m’écoutez. N’est-ce pas ?… Bon, eh bien voilà, je vais vous raconter une histoire. C’est débile, je ne sais pas qui vous êtes… Et vous, peut-être qu’à part mon numéro, vous n’avez pas l’ombre d’une idée de qui je suis. N’est-ce pas ?... Bref. Je travaille dans une boîte pourrie. Je fais un boulot tellement infâme que j’ai perdu tout goût de l’esthétique. Je me laisse tomber dans une sorte de dépression comique – devenue trop maigre pour mettre de beaux habits, je mets les vieilleries qui me tombent sous la main le matin. On s’en fout, n’est-ce pas ?... Je suis pauvre, de toute façon... Et bon, bref. Je travaille dans un bureau. Mais mon patron s’en fout – il se fiche de tout, obèse, obstiné, obsédé par le travail. Il est entré dans la boîte, voyez-vous ? Au sens figuré, j’entends... Sa vie se résume à boire des cafés, organiser des rendez-vous, se trimballer en costard-cravate au resto et devenir gros. Il n’a aucune vie sociale, rien. Il n’est qu’une machine. Et moi aussi, je suis en train de devenir comme lui. J’avais de l’ambition, avant. Un moteur qu’il fallait nourrir avec autre chose que du café. Mais tout est parti en fumée, envolé. Pourquoi ? Simplement parce que je suis tombée amoureuse. Eh oui ! D’un homme, qui a accepté de sortir avec moi, sans doute parce qu’il s’ennuyait dans sa vie. Par la suite, j’ai appris que j’étais cocue comme un âne... Comme un âne ? On dit comme ça ? Cocue comme un âne ? Bon, bref. Vous voyez ce que je veux dire... Je suis restée. Parce que j’étais amoureuse. Tellement amoureuse. Que j’ai refusé – pour lui ! – de suivre mon rêve. Etudes de droit et d’avocature, rêveuse de gloire et d’aventure. Rien de tout ça ! Employée dans un bureau, où je peux m’habiller en jeans sans que personne ne me regarde...Non...Pardon ? Vous avez parlé ? ... Je vous ai entendu... Vous avez dit non? Non? Non... Non, personne ne me regarde... Non, c’est faux ! Une personne me regarde. Jeanne, la stagiaire. Elle me fixe à longueur de temps, sauf quand elle frappe frénétiquement sur son ordinateur et ça me fait peur. Elle est tellement jeune, elle s’habille encore avec des mini-jupes et des talons. Elle est parfaite. Mais pourquoi est-ce que je vous raconte ça ? Je sais plus... J’ai oublié... Tout cela me trouble... Je crois que ça me fait du mal, chaque matin, de me réveiller et de savoir que je vais passer huit heures devant un ordinateur, en face d’une fille à qui je ne ressemblerai jamais. Je ne sais pas ce qu’elle fait là, cette fille. Mais elle ne devrait pas prendre le même chemin que moi...(Silence)Pourquoi les gens font ça ? Je me suis toujours demandé... Pourquoi les gens se sabotent... Pourquoi je l’ai fait, moi... Vous pourriez me répondre ! Bon, j’en ai marre. Je vous laisse. Je dois dormir – et nourrir le chat. Il est en train de crever, le pauvre.Nuit noire. Profond sommeil. Rêver, envolée. Délivrée, me réveiller, y aller. Café, croissant, travail, jeans propres et petites chaussures. Je respire... L’orchidée fleurit. Tram – odeur qui s’évapore. Bureau. José mon collègue me dit que je sens bon. C’est marrant. Jeanne est déjà là, avec ses jambes sans fin, sous le bureau. Jeanne la plus parfaite créature que j’aie vue dans ma vie. Dans une semaine, elle s’en ira. Le boss arrive – salut, café, bonjour – tu as de beaux cheveux, Aline. Merci. De rien. Service. A tes souhaits. Il me regarde. C’est bizarre – Je travaille toute la journée sans avoir le sentiment qu’une épée est suspendue au-dessus de ma tête.Je rentre à pied, marcher un peu – respirer. Mon chat m’accueille quand je rentre et j’allume ma radio pendant que je cuisine. Douchée, épilée, lavée, parfumée – prête à m’étendre et attendre. Attendre. Non pas le sommeil. L’appel. Sonnerie. Bonsoir ! Que du plaisir de vous entendre... Enfin... Pour ce que vous avez à dire... Pour ma part, je me sens fatiguée. Vous ne voulez toujours pas me dire qui vous êtes ? Dommage... J’ai perdu le fil. De quoi est-ce que je vous parlais ? AÏE ! Pardon, excusez-moi, c’est mon chat, mon cher chat chéri qui a faim. Je vais juste lui donner quelques croquettes. (Bruit de croquettes qui tombent dans la gamelle.) Voilà. Oui. C’est bien. Il est gentil. Vous aimez les chats ?... Moi, je les adore. J’ai toujours été une femme à chats, et les chats m’ont toujours prise pour un arbre à chats. Peut-être que je suis faite pour cette vie-là ? Je vous parlais de mes relations foireuses et de mon boulot détestable. Peut-être que je devrais simplement tout quitter, acheter un cabriolet, des lunettes à soleil et un foulard à pois que je nouerai autour de mon cou – et partir. Partir, simplement, vous me voyez ?... Au volant d’un cabriolet... Rose, qui plus est ! C’est débile, non ?... Parfois, je crois que j’en aurais besoin. Besoin de ça, juste de ça. Partir, voyager, vadrouiller, vagabonder – pour moi, le bonheur a toujours été une métaphore de la liberté. Quand j’étais petite, je voulais être vendeuse de rêves – je les trouvais tristes, les gens maussades, en noir et blanc dans les rues... Bien sûr, l’atmosphère des pays nordiques ne donne pas envie d’être joyeux. Mais bon ! L’été, il fait tout le temps jour. Comment expliquez-vous ça ?... N’aimez-vous donc pas l’inquiétante étrangeté qui plane au-dessus des nuits éclairées, l’été ?... Bon, pour aimer le Nord, il faut être tombé dedans quand on est petits. Sinon, ça ne sert à rien… Pourquoi vous ne parlez jamais ?... C’est troublant. Peut-être que vous m’enregistrez… Et que vous me diffusez sur Internet, et que le monde entier me suit dans un programme de téléréalité dont je n’ai pas conscience... C’est ça ?... Vous devriez me le dire. Promis, je n’appellerai pas la police. De toute façon, ils seraient sans doute tous de mèche, alors... Que pourrais-je y faire ? A part voler un cabriolet et partir à l’aventure... Il est tard. Je dois aller dormir. En plus, Jeanne s’en va bientôt. On ne s’est toujours pas parlé. Bonne nuit. CLIC.J’ouvre les yeux. BIP BIP BIP. Réveillée avant le réveil. Nouveauté. Café, lentement, tartines, Victor vient ronronner à mes pieds – je choisis un vêtement dans ma garde-robe – envie de jupes plissées, de robes longuissimes et de jeans slims. Je prends mon vélo dans la cave et je pars. Odeur des rues, de la ville, de la propreté par excellence – dehors ! Il y a des choses qui se passent, dehors. Je roule – en prenant le temps, et j’arrive à l’heure. Bonjour, les collègues me regardent, me sourient.Salut ! ça va ? Bien dormi ? T’arriverais à me corriger cet article pour demain ? Nan, mais sinon, c’est pas grave... C’est juste que si je le fais, ce sera jamais autant bien que si c’était toi... Tu veux un café ? Un donut ? Assieds-toi ! On discute un peu... T’as de beaux yeux, tu sais ?Incompréhensible – José me regarde et je réalise qu’il est beau. Il me regarde en souriant et complimente mes cheveux. Le boss entre, café, bonjour, croissant, ça va ? Très belle. Jeanne apparaît. Ses jambes ont triplé de longueur, sa jupe a diminué de moitié de surface de tissu, ses seins semblent jaillir du décolleté. Ses yeux carrés, rivés sur moi. Même Jeanne me sourit...Réunion – tous autour d’une table, les gens contents – qu’est-ce qu’il se passe ? Je me sens légère – je peux prendre la parole quand je veux, les gens écoutent et ne s’endorment plus. Le boss cherche des solutions et je les trouve et les autres approuvent et Jeanne continue de me regarder, intriguée. On dirait qu’elle prend note de quelque chose dans sa tête – elle sourit toujours. Si jolie... Si parfaite...Le travail fini – allons boire une bière ! Prendre du bon temps. Satisfaction. José qui rigole à mes blagues – je sais raconter des blagues ? – Jeanne m’observe, je le sens. José plante son regard dans le mien – qu’est-ce que c’est que ce sentiment, déjà ?... Non, pas possible... – légèreté dans l’air. Est-ce la bière ? Je ne suis pas encore fatiguée, ni ivre, ni revigorée. José pose sa main sur ma cuisse – la retire, s’excuse – je lui montre que c’est pas grave. A vélo, je rentre – demain c’est dimanche ! Orgie de croissants. Je dors, dors – tombée dans l’abîme du bonheur gracile...Lendemain matin, tranquille. Je sors et rencontre José par hasard au bord du lac, qui promène son chien. Alors on marche ensemble, près des bateaux, on rigole sous les mouettes grivoises, on se regarde mais pas vraiment parce que ça donne envie de s’envoler ensemble, alors on se fait la bise un peu maladroitement et on rentre chez soi. A demain.Demain, lundi, aujourd’hui, ce matin. Dernière semaine avec Jeanne. Jeanne, si jolie Jeanne. Derrière son bureau, presque nue, dénudée. Les gens me regardent quand je franchis le pas de la porte – son regard a changé. Quand elle tape furtivement sur le clavier de son ordinateur, elle me regarde, moi, moi qui dois remplir les rapports de tout le monde, parce que je le fais mieux que tout le monde – le boss débarque, café, clope, bonjour, CHAMPAGNE. Aline, tu es promue ! Promise ? Non ! Promue ! Promise aussi ! Là, c’est José qui a parlé. Il s’approche de moi – on dirait que tout le monde est d’accord, parce que tout le monde lève son verre au ciel en hurlant SAAAANTEEEE !!! Promue. Je suis promue. Et je suis promise...Rentrer chez moi – douche, tranquille. Appel. Anonyme. Je décroche. Ça faisait longtemps ! Toujours personne au bout du fil. J’aimerais une fois aller boire un verre avec vous, bientôt. Vous avez changé ma vie.Demain, au pied de l’immeuble.Ah ? Mais je... CLIC. Raccroché. Qui est-ce ? Jamais entendu cette voix. Une très belle voix... Je dors, apaisée. Réveil, yoga, nourrir Victor, cheveux, parfum, r o u g e à l è v r e. Vendredi. Dernier jour de Jeanne. Dommage – ses belles jambes. Vraiment. Je mange quelque chose. Vélo – avec la musique et le cœur léger. Promue. Promise. Léger.Bas de l’immeuble. Personne. Je vais parquer mon vélo plus loin, reviens sur mes pas.Elle est là.Jeanne.Avec sa mini jupe et ses longues jambes.Avec ses lunettes noires et sa cigarette allumée.Elle me regarde et me sourit.- Bravo, ma chérie, me dit-elle. Je suis fière de toi... Tu es très jolie, aujourd’hui, comme tous les jours. La vie, ce n’est pas ça, tu le sais bien. Alors viens...Elle me prend par le bras et m’emmène en cabriolet rose – j’imagine qu’elle a prévenu les collègues que je ne reviendrai pas ? Ma foi ! On a tout le temps, dans la vie, tout peut encore...Changer.
ANONYME
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